La renonciation à l'exploitation forestière favorise de nombreuses espèces spécialisées
Le canton d'Argovie a étudié cette question dans le cadre d'une étude d'envergure nationale. Après seulement 20 ans d'abandon de l'exploitation, des tendances claires se dessinent déjà. De nombreuses espèces de champignons et de coléoptères ont été recensées pour la première fois en Argovie.
En Suisse, il ne reste plus que quelques rares forêts totalement préservées de l'activité humaine. Ces « forêts primaires » abritent des arbres nettement plus anciens et une proportion de bois mort plusieurs fois supérieure à celle des forêts exploitées, où le bois est régulièrement récolté. Mais serait-il possible de restaurer des peuplements forestiers semblables à des forêts primaires ? Il s'agit de forêts où les processus naturels se déroulent sans perturbation et où les arbres peuvent atteindre un âge très avancé. Conformément à cet objectif, environ 5 % de la superficie forestière suisse devrait être retirée de l'exploitation d'ici 2030 pour devenir des réserves forestières naturelles. C'est ce qu'ont convenu en 2001 l'Office fédéral de l'environnement et les directions cantonales des forêts.

Comparaison entre réserves et forêts exploitées Entre 2015 et 2023, l'étude a porté sur un total de 18 réserves forestières naturelles sélectionnées, qui ont toutes été traitées de la même manière. Des spécialistes (voir encadré) ont recensé la diversité des espèces appartenant à des groupes d'organismes particulièrement typiques de la forêt, mais rarement étudiés : les champignons lignivores, les coléoptères xylophages et les chauves-souris. Parallèlement, les caractéristiques de la qualité de l'habitat ont été relevées, en particulier la quantité de bois mort et les caractéristiques du peuplement forestier. Les mêmes mesures ont également été effectuées dans une forêt voisine, aussi similaire que possible, qui continue d'être exploitée à des fins sylvicoles (forêt exploitée). Cette disposition appariée de zones d'étude avec et sans abandon d'exploitation permet d'évaluer l'effet de l'abandon d'exploitation par la comparaison directe des résultats.

Des résultats étonnamment clairs
Ces comparaisons montrent que les réserves forestières naturelles obtiennent de bien meilleurs résultats que les forêts exploitées voisines en ce qui concerne les caractéristiques déterminantes. Le nombre d'espèces spécialisées dans les forêts naturelles riches en vieux bois et en bois mort ou considérées comme potentiellement menacées selon les listes rouges est déterminant pour cette évaluation. Le nombre d'espèces est plus élevé dans les réserves forestières naturelles que dans les forêts exploitées pour les trois groupes d'organismes étudiés (voir graphique). La différence dans le nombre moyen d'espèces par surface d'étude varie entre 20 et 30 % selon le groupe et l'indicateur. Les différences sont les plus marquées chez les champignons. Le nombre total d'espèces est également plus élevé dans les réserves forestières naturelles.
On a également constaté que la quantité de bois mort dans les réserves forestières naturelles est deux à trois fois plus importante que dans les forêts exploitées comparables. Ces différences dans la quantité de bois mort peuvent expliquer en partie les différences de biodiversité, du moins en ce qui concerne les champignons. En revanche, la quantité de bois mort n'est pas un bon indicateur de la diversité des espèces chez les coléoptères. La présence d'arbres anciens encore vivants et la diversité des différentes qualités de bois mort semblent jouer un rôle plus important pour les coléoptères. Pour les chauves-souris, qui sont actives sur de grandes distances, le réseau de biotopes avec les forêts environnantes est important. Plus les peuplements riches en vieux bois étaient étendus autour d'une réserve, plus le nombre d'espèces observées était élevé et plus l'activité de vol mesurée était importante.

Les forêts exploitées sont également importantes
Avec trois groupes d'organismes étudiés et 18 zones d'étude réparties dans tout le canton, l'étendue et la profondeur de l'étude menée en Argovie sont remarquables. Elle fournit des indications claires selon lesquelles la renonciation à l'exploitation permet de préserver à long terme des communautés d'espèces importantes pour la protection de la nature et qui se distinguent de celles d'une forêt exploitée comparable. Mais l'étude a également montré que les forêts exploitées peuvent elles aussi être diversifiées et riches en biodiversité. Cela n'est certes souvent le cas que sur de petites surfaces, en particulier là où l'on trouve des zones riches en bois mort et en vieux bois. La diversité des espèces qui y est observée suggère toutefois que les îlots de vieux bois et les arbres biotopes dans les forêts exploitées jouent un rôle important dans le réseau de biotopes des organismes liés au bois mort. Compte tenu de la grande superficie des forêts exploitées, l'importance des éléments naturels dans la forêt exploitée pour la biodiversité est évidente.

Une équipe d'experts a cherché – et trouvé !
— La société Hintermann & Weber AG a été chargée de développer le concept de l'étude, de coordonner l'ensemble des travaux et d'évaluer statistiquement les données pour le rapport final. Les travaux techniques essentiels ont été réalisés par des partenaires spécialisés dans le projet :
— Champignons: Stefan Blaser et Andrin Gross (WSL Birmensdorf)
— Coléoptères: Ulrich Bense (D-Mössingen), Adrienne Frei (Zurich)
— Chauves-souris: Lucretia Deplazes, Fabio Bontadina, (SWILD), Andres Beck (protection des chauves-souris du canton d'Argovie)
Dans le cadre de cette étude, cette équipe a recensé pas moins de 237 espèces de champignons pour la première fois dans le canton d'Argovie ! Parmi les espèces de coléoptères répertoriées, six sont nouvelles pour la Suisse et 99 sont nouvelles pour le canton d'Argovie !


